Cette nouvelle maladie "se transmet sexuellement" : qui est concerné par la dermatophilose détectée en France ?
La plupart des cas se trouvent à Lyon : pour la première fois, une transmission humaine de la dermatophilose a été détectée. Le public homosexuel est particulièrement concerné.
C’est une première mondiale. Une bactérie responsable d’une maladie de la peau essentiellement animale a été identifiée pour la première fois dans des transmissions interhumaines par des praticiens français, qui y voient une nouvelle illustration de l’interdépendance entre santé humaine, animale et environnementale.
Une quarantaine de cas ont été identifiés au 1ᵉʳ juin en France, dont une trentaine à Lyon, selon le Dr Maxime Bonjour, médecin en santé publique à l’hôpital de la Croix-Rousse de Lyon et l’un des principaux auteurs d’une étude publiée dans le numéro de juin de la revue Emerging Infectious Diseases (EID).
Une « bactérie atypique »
Tout est parti du signalement de la découverte d’une « bactérie atypique », chez certains de ses patients suivant le traitement préventif du VIH, qui présentaient des pustules et des croûtes sur les parties génitales, la barbe ou le torse.
Analyses faites, ils étaient atteints de dermatophilose, une maladie usuellement contractée par des animaux, visible sur leur dos. Et que certaines professions (agriculteurs, vétérinaires, cavaliers) ont très exceptionnellement développé. Seuls 12 articles scientifiques évoquant parfois plusieurs cas ont été écrits depuis 1974.
« Mais jamais une transmission interhumaine n’avait été identifiée », selon le docteur Bonjour, également médecin au Cegidd de Lyon (centre de dépistage du VIH, des hépatites et des infections sexuellement transmissibles).
Des saunas gays avec des rapports sexuels
Les neuf premiers malades recensés à Lyon, ayant fait l’objet de l’étude EID n’ont fait état d’aucun contact avec des animaux.
Tous avaient en revanche fréquenté des saunas gays où ils ont eu des rapports sexuels, de même que d’autres hommes également touchés en Espagne au même moment, suivis par des équipes de Barcelone.
Des contacts rapprochés de peau à peau
« Nous formons l’hypothèse que cette bactérie se transmet sexuellement. Une infection sexuellement transmissible dermatologique lors de contacts rapprochés de peau à peau, que favoriserait un environnement chaud et humide », explique encore le Dr Bonjour.
Mais bonne nouvelle, la maladie « se traite très facilement, par antibiotiques et soins locaux », ajoute le médecin, qui conseille lors d’apparition des symptômes d’aller consulter en centre Cegidd.
Cette découverte est « une manifestation supplémentaire du concept One Health », selon lequel santé animale, humaine et environnementale seraient interconnectées, relève encore le médecin lyonnais.
L’agence sanitaire de l’Union européenne, l’ECDC, doit publier jeudi un premier rapport sur cette maladie.
La population gay particulièrement à risque ?
Pourquoi les cas révélés par cette étude récente concernent-ils uniquement des hommes homosexuels ?
"Bien qu’aucun contact sexuel direct entre les patients n’ait pu être formellement établi, le regroupement temporel des cas, le chevauchement des expositions sexuelles, les antécédents communs de multiples infections sexuellement transmissibles (IST), la répartition des lésions" soutiennent fortement l’hypothèse d’une transmission "au sein de réseaux d’exposition communs, impliquant probablement des contacts physiques étroits ou des rapports sexuels".
L’environnement aquatique des saunas pourrait également favoriser la transmission de la maladie. Concrètement, ces saunas étant surtout voire exclusivement fréquentés par des hommes gays, la probabilité qu'ils soient infectés est décuplée.
Actu.fr Lyon - Nicolas Zaugra - le 17/06/2026 17h46